Ce qui m'intrigue profondément, et qui devrait faire l'objet d'une réflexion serrée, c'est la haine séculaire des religions monothéistes à l'égard de la femme. Le Dieu un, par exemple, qui se supporte aisément d'être trinaire, le père, le fils et le saint esprit, à l'exclusion manifeste de la mère - selon un schéma d'engendrement viril qui laisse songeur ! On dira que c'est un modèle purement spirituel, nullement physiologique, et que la naissance organique n'a rien à y voir. Et pourquoi la spiritualité serait-elle masculine par essence ? On peut aussi y diagnostiquer un déni du sexe et de la copulation (l'immaculée conception) et conséquemment de la féminité. La culture contre la nature, l'esprit contre le corps. Ah misère ! Et pourquoi voulez vous exclure, forclore la nature ? C'est là une rage singulière, qui explique peut-être, en tous cas encourage, notre actuelle présomption technoscientifique, et l'oubli quasi systématique des lois de nature, comme si l'homme s'était hissé au sommet du firmament, évinçant Zeus en personne !

Et je ne dis rien ici de certaines régressions contemporaines, si haineuses, si méprisantes à l'égard des femmes, que l'on veut cadenassées, enrubannées, réduites à l'esclavage sexuel, confinées au logis pour le misérable service de tous ces mâles ivres de pouvoir qui exhibent leur sceptre imaginaire, dont ils sont bien les seuls à tirer quelque gloriole ! Sans compter l'ignorantisme programmé. Surtout ne pas penser, ne pas réfléchir, ne pas interroger : pas de place pour l'Autre. Et comme le premier autre, fatalement, c'est la femme, toute la mécanique paranoïaque se déroule comme un rouleau compresseur.

Mais la femme, dans le développement naturel de la vie, c'est d'abord la mère. Et la mère c'est le rappel permanent de la vie utérine, des humbles nécessités du boire et du manger, d'une sortie peu glorieuse entre l'urine et les fèces - si peu glorieuse pour des "esprits" qui se veulent, comme Athéna, être sortis tout armés de la tête du dieu, et non de quelque trou de chair pantelante, animale pour tout dire !

Peut-être bien que c'est de cela qu'il s'agit en dernier ressort : certains ne peuvent pardonner à la femme de figurer ce rappel ignominieux, de le présenter tout vif et in-refoulable dans un corps vivant, contre lequel se déchaînera toute la haine amassée depuis les origines. Et tout le reste suit...

Soyons réalistes. Si l'on veut assumer se pleine et belle humanité il faut développer les deux principes, les deux polarités qui sont en nous : le masculin et le féminin, à la fois pour l'individu lui-même qui trop souvent se contente de n'être qu'une moitié de soi, conventionnelle et normopathique, et pour les relations entre les genres, qui exigeraient plus de souplesse et d'empathie. Peut-être que par là notre monde serait un peu moins cruel, moins violent, et moins désespéré.