IVRE CŒUR

 

                      

Mon cœur se serre de désir

Parfois on dirait qu’il va s’arrêter

Cela fait comme un grand trou dans la poitrine

Ça bouillonne, ça enfle, ça tourbillonne

Et puis ça se déchire

J’ai peur et j’exulte

Je me sens vivant, exaspérément

Et je me dis : je m’en fous de crever, ici, manintenant

Ou dans mille ans

Le temps ne fait rien à l’affaire

Je me vis sur le tranchant de la vie

Au plus vif de la vie

La mort tu t’en fous comme de l’an quarante

Ce qui compte c’est la brûlure d’un désir tout neuf

Tout beau

Croustillant comme un bon pain frais

Exultant comme une madeleine d’amour

Plein de péché, tout humide, matricide

Arc-tendu, arc-bouté

Ejaculant !

Il me semble parfois marcher le sexe en avant comme une étrave

Je fends la foule à flots

J’écume des paquets de désir brut

Je suis tout génital

Tout en rut

Je m’enfonce dans la foule avec des « hans »

Hantise d’un monde tropical, magdaléen, reptilien

J’étais, c’est sûr, un dynausaure très méchant

Des chats crevés hurlent encore dans mon sang

J’étais un pharaon épileptique

Des relents d’inceste et de meurtre bouillonnent dans mon sang

Je danse le sabbat chaque nuit

Et mon jour est un incendie !

 

Pour le moment

Je suis assis à la table d’un bar et je fume ma pipe

Tranquillement, je regarde les gens passer,

Ah que serait la vie sans la folie

Et le désir sans l’interdit !

 

En te quittant j’ai perdu mon amour

Akhesa, mon amour, toute belle

Ah comment t’oublier

Naissance et mort mêlées

Ton sourire de grande épouse royale

Gardienne de tombeaux

Soleil de sang, soleil de feu, soleil-blessure

Tu hantes les jardins de mon cœur

Aller-retour

Retour-aller

Cela fait encore un tour

Un tour de trop, un tour d’amour

Mais vient le fatidique jour

Nouvel an, nouvel âge

Sceptre du grand partage.

 

Dans le cercueil tout blanc de mon passé

Toute je t’ai couchée

Ma poupée russe, mon idylle

J’ai fermé le grand sarcophage

A double tour mon amour,

Je t’ai jetée dans les eaux du Nil

Tu glisses dans le fond des âges.

 

       Aller-retour

       Retour-aller

       Il faut couper

       Boucler la boucle

       Et déboucler

       Prendre virage.

 

J’ai tout laissé sans aucun reste

Et mes pensées sont incertaines

Mais le cœur est vaillant

Finies rengaines

Cap à l’ouest, vive le vent.