"Vif, allègre et résolu, il ne s'attache à rien dans le monde...".

L'impermanence, objet de souffrance pour l'âme inquiète, éprise de durée et de certitude, est la cause qui libère de nos attachements. Vérité double de la souffrance : ce qui vient, s'en va, nécessairement. Tout ce qui, de sa nature, se compose et se forme, de sa nature se défait selon l'ordre du Temps.

L'âme inquiète qui espère une durée infinie, bientôt se repose dans le mouvement paisible qui emporte la souffrance. Dans la méditation sans objet, dans la contemplation des formes qui vont et viennent et se défont, elle va de même, et glisse, et se laisse porter au rythme du respir, et dans l'écoulement infini de toutes les formes goûte la délicieuse saveur de la vacuité.

Et ce qui était n'est plus, et d'autres choses, encore, d'autres formes surgissent et passent comme des oiseaux dans le ciel. Et les pensées passent de même, et les émois, et les souvenirs, et les images, rien ne s'arrête et ne se fige, tout coule et glisse infiniment.

Ami, ne te fixe par sur le vide, laisse glisser, car le glissement même est le vide.

"Laissez-vous porter comme une feuille à la surface de la rivière" dit le sage. Il dit bien, car tout est feuille, tout est rivière. L'eau est cousine du Tao, apparence sensible au plus proche de l'insensible, ultime forme où se défait la passion de la forme.

Ami, ne te soucie pas de faire ou de défaire, les choses se font et se défont dans l'infini mouvement du temps. Dans ce mouvement même, mobile ou immobile, tu trouveras l'inépuisable paix.