"Nous disons que la véritable existence vient de la vacuité et retourne à la vacuité. Ce qui surgit de la vacuité est la véritable existence. Nous devons passer par la porte de la vacuité" (Shunryu Suzuki : "Esprit Zen, esprit neuf p 140, Points Sagesses).

Mais il est fort difficile de dire en quoi consiste la véritable existence. Ce qui est sûr c'est qu'il ne s'agit en rien de l'existence conçue comme réalité substantielle, stable et permanente. Ce n'est pas une essence éternelle. Il n' y a rien de stable et d'éternel, c'est l'alpha et l'oméga de la pensée bouddhique : impermanence de toutes les choses, physiques, psychiques ou culturelles. Si on dit qu'elles existent, elles existent sur le mode du passage, venues du rien et retournant au rien. Le rien c'est le sans-forme, l'indéterminé, le non concevable, le fond sans fond de toute réalité. Ce qui signifie qu'il faudrait être sans idée préconçue, sans dogme et dans croyance. Ne croire en rien, ne s'attacher à rien dans le monde. Non qu'il faille tomber dans un nihilisme obscurantiste, et déclarer que rien n'existe - ce qui est en soi contadictoire puisqu'il y a un sujet qui, existant, déclare qu'il n'est pas - mais se tenir dans cette vérité paradoxale d'une existence en mouvement, surgissant et s'évanouissant d'instant en instant, perpétuellement jaillissante et disparaissante, figure indépassable de la permanente impermanence. En d'autres termes, mais tout aussi rigoureusement : se tenir à l'orée de la manifestation, au plus près du surgir, et dans ce surgir sans intention, goûter "l'étonnant et merveilleux existant".

Suzuki : "J'ai découvert qu'il est nécessaire, absolument nécessaire de ne croire en rien. C'est à dire : nous devons croire en quelque chose qui n' a ni forme ni couleur - quelque chose qui existe avant l'apparition de toute forme et de toute couleur". Ce rien est un rien par rapport à toute conception positive ou négative, un rien de pensée, un trou dans la pensée où se défait toute représentation, tout concept, jugement ou image, mais ce n'est pas pour autant un néant, une destruction de la pensée (ce qui est d'ailleurs impossible), c'est la position de silence conceptuel, accueil de ce qui surgit spontanément, puisqu'il est de la nature des choses de surgir perpétuellement, selon une forme, un contour, une couleur, une existence définie. La forme vient du vide et y retourne, une autre forme apparaît et disparaît, indéfiniment. Et la forme est encore une sorte de vide, sans pour autant ne pas être. Si nous parvenions à coïncider avec ce mouvement, et au milieu de l'illusion établir le calme du coeur, la souffrance disparaîtrait.