Jung, horrfié par la "psychose" du nazisme, jette un regard retrospectif sur la philosophie allemande et croit y découvrir les symptômes précurseurs de la catastrophe. Il s'en prend violemment à Heidegger, qui, à l'époque se fourvoyait dans une coupable complaisance : " Le verbiage comique, la pauvreté et la banalité indicible de sa philosophie. C'est un névrosé, un fou." Puis, pour faire bonne mesure :" Hegel regorge de présomption et de vanité, Nietzsche ruisselle de sexualité profanée". Bref, la philosophie allemande "n'est au mieux qu'un ramassis de tous les diables inconscients".

Il est vrai qu'il y a lieu de s'interroger sur la responsabilité de certains philosophes qui confondent le subjectif et l'objectif, se laissent emporter par leurs fantaisies privées et perdent toute mesure. Jung veut attirer notre attention sur le fait suivant : faute d'observer et d'analyser nos propres fondements inconscients, notre part refoulée et diabolique, nous risquons d'être totalement emportés par la tourmente. Alors les démons refont surface et emportent l'édifice. Plus profondément c'est toute la culture actuelle, axée sur la maîtrise des choses, la domestication de la nature extérieure, l'exploitation sauvage des ressources et l'arraisonnement universel, qui témoigne d'une sorte de psychose collective. Une forme inédite de barbarie recouvre le monde, d'autant plus grave qu'elle se déguise sous les traits du bien-être apparent. C'est l'intériorité qui est en souffrance, et de négliger de la sorte les motivations fondamentales on court un très grand risque. 

C'est dans le dialogue ininterrompu entre le conscient et l'inconscient que le philosophe trouvera quelques réponses à la détresse de notre temps.