"L'amitié repose sur l'utilité mais il convient que nous fassions le premier pas (car la terre aussi doit être d'abord être ensemencée), et elle se raffermit par la parfaite communauté des plus grands plaisirs". Epicure cité par Diogène Laerce

Il est bien difficile de traduire "opheleia" : secours, aide, assistance, utilité, avantage. Lequel de ces termes faut-il privilégier? Les traducteurs optent en général pour utilité. Mais ce terme est un peu étroit : il évoque trop rapidement le calcul des intérêts, matériels ou psychiques. Assistance me plairait assez. Ce terme est dans l'esprit de la "philothérapie" épicurienne : le secours mutuel, entre amis, n'est-il pas considéré comme le plus grand des biens en tant qu'il donne à la sagesse pratique une dimension extensive et concrète? Le sage, seul, peut être heureux, mais en compagnie des semblables il est plus heureux encore. A vrai dire on ne peut atteindre plus haut dans les conditions de la vie mortelle. De la sorte l'homme réalise le parfait équilibre de la vie selon la nature.

"Il convient que nous fassions le premier pas". Ici la fierté est déplacée. Ce n'est pas une faiblesse que de reconnaître le besoin du proche. L'ami apporte une sécurité supplémentaire dans un monde d'incertitude et de hasard. Faire le premier pas c'est offrir secours et assistance. Ainsi peut se construire un lien de réciprocité, un espace de félicité contre les coups du sort. 

Et surtout la suite : parfaite communauté des plus grands plaisirs. Notons que le plus grand plaisir n'est pas l'eros. Non qu'il faille dédaigner l'eros, mais celui-ci est de nature capricieuse, incapable de donner une assise sûre et constante à la vie. Sans compter les risques de dépendance, et de gaspillage (voir Lucrèce). C'est la Philia qui parachève la Sophia et qui donne à la vie son excellence et sa perfection.