Jung avait, en tant qu'homme et thérapeute, découvert en lui-même cette Forme inconsciente, prégnante  et quasi irrésistible qu'il baptisa "Anima". Par souci d'équilibre il en vint, pour la femme, à poser un contraire apparenté, qu'il appella "Animus". L'animus séduit la femme, dans un mélange de fascination et de crainte. Cela donne certaines passions amoureuses fort ambiguës. Je pense à la relation qu'entretint Hannah Harendt avec Heidegger, et plus près de notre  sujet, Sabrina Spielrein avec Jung. Mais ce second cas est encore plus problématique s'il est vraisemblable que Jung découvrit l'anima en Spielrein, qui, dans le même temps vécut sa relation interne à son propre animus au travers de sa relation transférentielle avec Jung. Un homme repsésentera l'animus pour une femme, dans certaines circonstances particulières, mais il est bien clair que l'animus n'est pas cet homme-là, qu'il ne fait que présentifier, intensifier une Forme inconsciente déjà présente dans la psyché féminine. Animus et anima sont des Formes a prioi de la structure différentielle des deux genres, que la séduction vient faire émerger, provoquant une sorte de raz de marée qui confine à l'exaltation, et parfois à l'effondrement.

Il est toujours très inquiétant pour un sujet, en pleine maturité sociale et affective, d'être soudain confronté, dans l'impréparation  et la débâcle,  aux forces surgissantes de son propre inconscient.

J'aurais bien du mal à parler de l'animus chez la femme, par manque de connaissances et de pratique. Je ne puis que m'interroger sur sa présence, en moi et chez les hommes, en me tablant sur mes propres analyses de la psyché. Je crois comprndre, en suivant jung, que l'animus est en quelque sorte la forme spontanée de notre être au monde, de notre sensibilité, de notre intellect. L'animus tend à structurer l'esprit dans le sens du Logos : rationnalité, opérativité, technique, logique, spatialisation horizontale, vision et perception directionnelles à sens unique. L'homme voit le but, analyse les moyens, évalue la distance, et fonce. Sa psyché est tendue vers la percée, la perforation, la performance. Cela le rend certes opératoire sur le terrain de la chasse, de la technique et de la science. Mais si faible sur le plan de la complexité, et quasi démuni sur le plan des sentiments. En quoi il a tout à apprendre de la femme, son ennemie de nature, qu'il veut neutraliser, soit par la possesion, soit par l'éloignement. D'autant que la culture guerrière qui nous a façonnés pendant des millénaires a toujours découragé l'exploration intérieure, la sensibilité, la perception périphérique au profit de la visée directe et agressive (voire Homère). La Persona de l'homme est efficace, mais mutilée. D'où ce que peut représenter de drame, d'arrachement  de déchirure intime le surgissement inopiné de l'anima!

Cela paraîtra un peu simpliste, si l'on considère par ailleurs que la femmes n'est pas seulement une manifestation de l'anima. Certaines femmes sont structurées par un animus fort, et peuvent rivaliser sur ce plan avec bien des hommes. Elles ont vraisemblablemnent intériorisé la figure paternelle, au point de se viriliser, au moins sur le plan intellectuel. Comment, par exemple juger d'une Lou Andrés Salomé qui était un génie intellect (qui fascina Nietzsche, Rilke, Freud), et par ailleurs, et pour longtemps, une Artémis frigide et narcissique?

J'avoue, quant à moi, ne pas trop apprécier cette catégorie de femmes, et préférer, et de beaucoup, les incarnations aphrodisiaques! C'est que mon propre animus, et le Logos qui s'est développé par là, me semble à moi-même bien suffisant, et souvent encombrant! On m'a parfois traité de "mental", et je suis bien d'accord. On n'est pas philosophe par hasard. Aussi ai-je conçu une autre manière de philosopher, fort pratique, modeste, affective et poétique, et hygiénique, et physiologique, pour atteindre un équilibre vivable, à défaut d'être heureux. Il faut s'harmoniser. Mon A-philosophie répond, je l'espère, à cette exigence.