Au début était Chaos, la Béance. Ne demandez pas béance dans quoi? Ici la logique n'est pas de mise. Le récit généalogique n'est pas temporel bien qu'il doive, par la nature même du langage, emprunter la forme grammaticale de l'imparfait :"Il était une fois". Chacun sait bien, pour avoir été enfant, que ce temps-là est hors du temps, ou d'avant le temps, et toujours encore dans un temps virtuel, jamais épuisé. "Au début était la Béance, ou Hiatus, ou Chaos, ou "la femelle obscure" de Lao-Tseu. La béance est de tous les temps et d'aucun temps. Elle était, elle est, elle sera toujours.

Par Chaos il faut entendre plutôt le sans-forme, l'informe, l'immilité sans contours, l'"Apeiron" d'Anaximandre, le Brahman intemporel, l'éternel Tao. On ne peut en parler que négativement : sans forme, sans contour, sans origine, sans étendue, sans lumière, sans direction, sans signification, ni jour ni nuit mais d'avant le jour et la nuit, et d'avant tout soleil, tout ciel et toute terre. Sans haut ni Bas, sans droite ni gauche, ni masculin ni féminin : à tout point de vue imaginable : neutre. ou encore de ce blanc d'absence d'avant toute présence. Du Chaos on ne dit rien, mais le Chaos est éternel, même qand les formes auront jailli de son sein inépuisable. Il est le non-manifesté toujours vivace au coeur même de toute manifestation. C'est l'Originaire, la passion secrète du poète.