La vérité ne saurait être l'adéquation du discours au réel puisque par hypothèse le réel nous est inconnaissable avant son surgisssement. On ne peut connaître que dans l'après coup. Et ce qu'on connaît alors n'est plus le réel en soi-même mais sa représentation. Certes, le surgissement du réel vient modifier nos représentations préalables, si du moins nous sommes capables de prendre acte de la modification, mais le tranchant du réel ne peut se maintenir tel quel dans la pensée. Il en résulte une transformation relative de la représentation, où l'esprit se précipite à rogner le radicalemnt neuf pour le ranger vaille que vaille dans un ordre certes élargi, mais en général conforme à l'ancien. Il faut une véritable catastrophe pour contraindre l'esprit à une radicale modification, et nos remaniements ne sont le plus souvent que des aménagements. Pour l'essentiel notre vion du monde peur certes s'amender en partie, mais il est plus que rare que nous soyons à même de procéder à une authentique révolutuion mentale. Tel esprit religieux pourra accepter des théories scientifiques de nature à modifier ses dogmes, mais il ne saurait renoncer à son fantasme original selon lesquel le monde est fondamentalment sensé, ordonné par une Intelligence transcendante. On retrouve le mot de Nietzsche : quelle est la dose d'incertitude que je peux supporter sans en périr? Ici se mesure la capacité philosophique du penseur.

Par vérité j'entends non le savoir, mais le Désir qui se met en mouvement vers le réel, ou du moins qui accepte de se mettre en danger dans l'épreuve du réel. C'est la définition grecque : A-Lètheia : dévoilement de ce qui est, comme cela est, et quellles que soient, pour nous, les conséquences de ce qui est, c'est à dire de ce qui apparaît. Ne pouvant savoir ce qui est, ni même si quelque chose est, nous en sommes réduits à contempler ce qui surgit, hors désir, et hors fantasme.  La mer engloutit nos villages, voilà qui se donne comme un évidence incontestable, dans la brutalité inconcevable et imprévisible du réel. Le savoir, emporté, englouti par le fait, révèle sa caducité essentielle, en dépit de tous les progrès de la science dite prédictive. Chaque jour nous pouvons mesurer l'inanité de nos prévisions climatiques, météorologiques, sismographiques et autres. Plus nous en savons, plus le réel s'amuse à déjouer nos prévisions, nous rejetant dans le constat effaré de notre non-savoir. A croire enfin que l'accumulation des savoirs ruine le savoir. La vérité n'est pas le savoir.

De fait nous sommes dans l'entrelacs de trois termes : vérité comme démarche, savoir comme représentation rationnelle, réel comme apparition, apparaître, apparence absolue, surgissement imprévisible, ratage du savoir et ouverture tragique. Pyrrhon avait remarquablement établi quelques traits fondamentaux : les "choses" (pragmata) sont immaîtrisables, inconnaissables, imprédictibles, hors de toute appréhension sensée, indécidables a priori. Notre savoir n'est que relatif, non nul, mais de peu d"utilité dans notre rapport métaphysique au Tout. Les progrès du savoir ne modifient en rien notre condition humaine, étenellemnt précaire, insécure, mortelle et incertaine. Il est des savoirs utiles mais pas de savoir du Tout. Montaigne reprendra l'idée ave style : "nous n'avons pas de communication à l'être".

Nous avons de fait deux images de la vérité . La traditionnelle serait l'adéquation du discours à la chose. Définition sophistique, optimisme et fallacieuse. Disons que ce serait la vérité relative sur quoi repose notre monde humain., "Vérité" fondamentalement instrumentale, plutôt opératoire que vraie:  "Cela marche dans certaines conditions". et assure quelque type modeste de prévision rationnelle : physique, chimie, astronomie, technolgie scientifique. Ce n'est pas rien, mais au regard du tout c'est peu de chose. Rien n'empêche de développer encore ces recherches, maus il faudrair savoir pour-quoi, et jusqu'où. Problème que la modernité s'empresse goûlument de nier.

Nous voulons du sens, et le sens ne s'obtient que par réduction, identification magique du savoir et du réel. Ainsi Platon estimera que le réel est idéel, que les Idées sont seules réelles, et que le sensible n'est que jeu de l'illusion. Hegel déclarera que le réel est rationnel et le rationnel réel. Mais qui ne voit que ces définitions ne sont que fricassée idéologique, opérant par réduction et forclusion psychotique? On dénie toute existence à ce qui, au plus vif, est superbement et irréductiblment réel : le jeu de la diversité infinie, la mouvement, la mobilité, l'écart générateur, la créativité infinie de la nature, Face à ce mystère on criera au scandale, on relèguera le divers dans l'Hadès d'un devenir pris de folie, pour restaurer illusoirement un arrière-- monde fabuleux, digne d'un conte pour enfants sages.

La vérité est dès lors ce cheminement tragique qui fait la critique du savoir, sans l'écarter ni le refouler, mais en en faisant exploser les prémices. : Travail de déminage. ouvrant de la sorte le chemin du Réel.

La vérité constate : ça ne marche pas, ça ne s'ajuste pas, ça ne colle pas. Pas d'adéquation de la représentaion à la chose, du désir au réel,. C'est l'esprit tragique : il n'y a pas de sens. S'ouvrir à cette ouverture, à cette Béance est la seule route de vérité. La vérité ne mène pas au savoir, mais au non-savoir, non au sens mais à l'ab-sens, au défaut radical de sens. La vérité c'est l'ouverture à l'ouvert.