LE JARDIN PHILOSOPHE

Recherche et pratique de la philosophie comme thérapie existentielle et de la poésie comme création dans l'ordre du langage

31 octobre 2009

ETHIQUE de la BRECHE : du nomadisme existentiel

Comment vivre dans la brèche?

Cette expérience-là est decisive. Pas moyen de revenir en arrière, sauf à se déjuger de tout. A se mépriser. A se haïr définitivement. Posture solaire. Et solitude sans consolation.

La brèche, c'est ce savoir irréfutable, irrévocable qu'il n'est aucun remède. Savoir tragique.

Comment le dire, le signifier sans grandiloquence, sans apprêt, en toute simplicité? Les dieux sont morts, la connaissance est impossible, l'espoir fallacieux, l'illusion funeste. A-lètheia : dévoilement de la caducité, de la non-réconciliation, du délaissement, de la vacuité.

Contrairement à ce qui se dit même la mort n'est pas un retour. Dispersion plutôt. Ulysse ne rentre pas à Ithaque.

La religion offre trop tard ses fastes. L'idéologie est croupissante et nauséeuse. De toute part le réel échappe à la prise.

Soleil de midi, mais dans l'extrême angoisse : angoisse féconde et inféconde, à la fois. Féconde dans le sens où les psychiatres parlent de "moment fécond" au départ de la psychose. Et de fait, homis le suicide, la psychose est LA réponse, souvent définitive, dans l'obturation sans appel de la question.

Seconde réponse possible, fort banale au demeurant : le cortège plus ou moins pitoyable des symptômes dans la consumation névrotique. Recouvrement pathologique par accumulation et répétition, colmatage ordinaire de l'angoisse. Cela n'empêche pas d'exister, comme le remarque Freud, mais dans une certaine dénégation, confortable en somme, mais si difficile à éviter!

Reste la position borderline, ce frôlement périlleux de la limite, en deux variantes possibles : pathologique, et libertaire. Soyons, à notre manière, un borderline-philosophe! Nous passerons pour fous chez quelques autres (et encore, certains y verront je ne sais quel charme sulfureux!) mais tout à fait sensés pour nous mêmes, d'un sens il est vrai fort peu conventionnel.

Il est vain, et dangereux, de cultiver l'angoisse. Mais il faut y passer. Dans le meilleur des cas, noius épargnant les fausses assignations de la névrose, elle nous ouvrira à la pleine vision de la vacuité. Se tenir sous ce soleil-là requiert beaucoup de courage et de constance. C'est le sens trop galvaudé et obscurci de ce que les Grecs appelaient la Sophia, et que j'hésite, à juste titre, à rendre par "sagesse".

Commentaires

Nomadisme existentiel !
Une fois l'expérience de la brèche vécue, pas une fois l'esprit n'est statique. Je m'explique, la croyance en l'éternité s'éffondre, la recherche d'un bonheur durable et à l'abris des assauts du monde s'estompe, l'errance soudain cesse. Une fois dans le coeur, il n'y a plus qu'une présence, une conscience-attention vive aux réalités qui gouvernent l'univers entier. Ce n'est pas un chemin à demi-mesure, mais une invitation au déploiement total de la potentialité et son usure. Le murmure intérieur cesse pour ne laisser qu'un vide miroir. L'espace à l'intérieur devient suffisament vaste pour refléter l'extérieur. Conscience miroir. A savoir qui de moi ou la chose que je perçois, est le départ ou la finalité du phénomène ? Je n'en sais rien (vacuité), c'est AINSI. La mémoire même est un piège. La croyance en un passé ou un futur à venir, est ce qu'il est le plus tentant pour l'esprit en errance. Fuir. Se cacher de la mort. J'évoque Nietszche, qui définit l'âme comme de l'instinct, de la vitalité non déployée totalement, retournée en-soi. L'émotion bloquée au creux des tripes. Frustation. Puis par facilité, on se donne le temps de croire à une âme, un ailleurs qui incarnerait tout ce que je n'ai pu incarné, à une instance (divine ou humaine), à une doctrine. Démission de soi. Début d'un monde sédentaire où toute ma puissance est aux mains d'un autre. Je me rend esclave. La réalité devient ainsi morcellée, n'est plus saisie dans son intégralité, dans sa présente puissance. A une réalité vivante et libre, un esprit vivant et libre !

Posté par Ras Pyrrhon, 01 novembre 2009 à 11:06

vacuité

Vous donnez là une belle illustration de ce que devrait être la vacuité dans un esprit libéré des pièges de la représentation et de l'illusion du moi. Et en même temps, je l'avoue, cela me semble encore une intuition plus qu'une réalité effectivement vécue. Mais il est des moments de grâce où cela devient une certitude. Merci à vous GK

Posté par gk, 03 novembre 2009 à 11:12

Métaphysique de la rencontre

L'expérience de la brèche, expérience limite, est aussi celle qui libère de toutes les tentations d'unification du réel par la raison. Cette libération peut aussi déboucher, au-delà de toute posture pathologique et névrotique, sur le plan de la singularité esthétique. La brèche est à l'image de la fracture de l'écorce terrestre sur laquelle nous déambulons. Elle révèle à la fois la vanité de nos représentations mais aussi la surface chaotique du réel où dansent les particules atomiques qui se combinent au hasard dans une mélodie de feu. Que reste-t-il sinon l'expérience brute de la peau, surface d'impressions où se joue la rencontre avec ce réel insaisissable et omni-englobant ?
Bref, je pense que la figure de la faille ou la brèche, comme tu le dis, est l'autre nom de la joie mais d'une joie irriguée par le sentiment de la vie au milieu du hasard, au milieu de la création continue de la nature. Entre l'amerture d'une connaissance impossible et le basculement psychotique, entre le pessimisme désabusé et "le cortège des symptômes ordinaires", il y a la joie de sentir sa propre puissance frottée à la puissance du tout. En clair, la brèche est aussi la métaphore métaphysique de la rencontre !

Posté par Démocrite, 04 novembre 2009 à 11:33

Poster un commentaire







Rétroliens

URL pour faire un rétrolien vers ce message :
http://www.canalblog.com/cf/fe/tb/?bid=293504&pid=15629075

Liens vers des weblogs qui référencent ce message :