Après toutes les recherches menées depuis plus d'un siècle sur l'inconscient il me semble difficile d'apporter quelque nouvelle contribution. La théorie freudienne, puis lacanienne a règné pratiquement sans partage pendant une longue période qui va en gros de 1970 à 2000. Mais déjà durant cette période de nombreuses critiques se sont fait entendre, discrètement au début, mais avec de plus en plus d'audience. Agacement devant le lacanisme sectaire, rejet d'une forme de domination unilatérale, et surtout, sur le plan pratique, échec patent de la thérapie analytique à la française. La psychiatrie qui véhiculait sans état d'âme la théorie et l'appliquait bon an mal an dans le cabinet privé s'est progressivement déplacée vers d'autres horizons, notammente en raison du succès foudroyant et incontestable des nouveaux psychotropes, au point de basculer dans l'erreur inverse : on écoute le patient, mais on s'abstient de toute analyse psychologique pour ne lui proposer, outre l'écoute passive, que des médicaments supposés soulager pour le moins, et parfois guérir.

Quelques évidences:

La vision neurologique jouit d'un nouveau prestige, que la psychiatrie a perdu. Le psychiatre, autrefois confident inconditionnel du patient, se voit progressivement rétabli dans un ancien rôle de contrôleur social : on attend de lui qu'il prescrive des médicaments, enferme les "fous" et sauve l'ordre public. Voir les affaires récentes et le battage médiatique sur la "sécurité".

La psychanalyse a échoué en raison de la surestimation du langage  : "Tout est langage" clamait Dolto. Eh bien c'est faux. Le mérite des neurosciences est de nous mettre en relation avec notre organe neurocérébral, de nous contraindre à reconnaître le fondement matériel, énergétique de tout processus psychique, même s'il est assez évident qu'on ne peut réduire le second au premier.

Il semblerait qu'on puisse dorénévant distinguer deux niveaux de l'inconscient: le premier niveau est cette zone de  demi-souvenirs plus ou moins enfouis dans la mémoire cérébrale, accessible au langage, mais très imparfaitement, et surtout surchargés de tensions émotionnelles qui peuvent parfois se débloquer grâce au transfert ou dans le cadre de techniques hypnotiques. Mais dans les cas sérieux on finit par buter contre la résistance du corps, exprimée dans la kyrielle des maux psychosomatiques, voire hypocondriaques, où l'analyse classique échoue presque toujours. Joyce Mac Dougall, confrontée à ce problème terrible, parlait de "délire du corps" qui viendrait se substituer, dès le départ, à l'habituel délire de l'âme. Sauf que le délitre du corps est étrangement silencieux, dans le sens où Bataille disait que la violence est silencieuse. Comment faire parler un corps, quand l'esprit s'est muré dans l'aphasie? Cela nous amène à poser un second inconscient, plus archaïque, antérieur au langage, essentiellemnt formé de signes corporels hors langage, et très difficiles d'accès. Pour le moment seule la chimiothérapie a quelque chance d'en modifier le fonctionnement, mais semble incapable d'en changer la structure. Peut-être les sciences neuronales apporteront-elles quelque éclairage. Les ravages causés per les traumatismes sont si anciens, si enfouis, si difficiles d'accès qu'on en est réduit la plupart du temps à tâtonner entre pharmacologie, neurologie et psychiatrie. Affaire à suivre. Peut -être sommes nous au début d''une nouvelle révolution psychologique, ou neuropsychologique.