Par la racine elle plonge dans la terre

La floraison des hommes et des dieux

Qui tant se voudraient sublimes,et qui traînent

A terre quand manque l'eau du ciel.

Car nous ne sommes pas des anges, mais

Des ombres égarées hors de l'espace

Tremblant de froid dans les décombres

A ne trouver un sol où nous ensevelir.

Double est la vie, comme nuit-jour

Printemps-automne, été-hiver

Et de nous effondrer tantôt dans l'immanence

Nous donne à nouveau coeur à exister

Hors du monde, hors de nous-même

Dans le temps qui nous use, nous abuse

Dans les leurres qui nous lassent

Jusqu'au moment où la vie n'est que mort.

Le soir égale le matin. Dans le cercle

Enflammé de nos leurres nous tournons

Ici-ailleurs, aujourd'hui ou demain

Captifs du soleil au fallacieux matin

A suivre le jour nous négligeons la nuit

La féconde, porteuse de lumière

Elle, la souveraine, la sincère

Mère éternelle, mère-fille du jour.

PS : On l'appelle Héraclite l'Obscur. Mais son obscurité a les tranchants étincelants de la lumière, entame nue, déchirante.

L'obscurité n'est qu'un terme commode pour dissimuler notre faiblesse de regard.

L'évidence est trop proche, aveuglante. Aussi préférons-nous d'habitude un lointain brumeux, abri facile de nos veuleries et de nos découragements.