Après de longs mois de réflexion préparatoire je pense être parvenu à un certain résultat qui mérite d'être souligné. Certes ce n'est pas la béatitude, à laquelle je ne crois guère, mais un début de sérénité qui rayonne doucement comme une aurore. Derrière moi des années de turbulences, de recherche fébrile et souvent découragée, de pénibles voyages dans les ultimes recoins de l'âme, de brûlantes solitudes et d'épaisses silves sans issue. De tout cela je témoigne longuement sur ce blog, dans de nombreux articles, à la fois psychologiques, thérapeutiques et philosophiques. Cet immense travail a fait l'objet de publications, dont je rends compte ici, mais surtout, depuis plus d'un an, de recherches au jour le jour qui ont eu la chance insigne d'être lues et suivies par beaucoup de lecteurs fidèles et encourageants. C'est le contenu concret de la rubrique "Philothérapie" qui représente l'essentiel de mes communications. Cette période, je le crois sincèrement, est à présent révolue. Je désire ouvrir une autre période, et pour cela, symboliquement, j'ai décidé de modifier le titre de mon blog.

LE JARDIN PHILOSOPHE, qu' est ce à dire? Le JARDIN est une référence explicite à Epicure, c'est évident. Que ce soit dans l'esprit de l'épicurisme que j'aie trouvé mon salut, c'est évident. Et par salut j'entends avant tout une certaine qualité de santé physique et mentale, qui n'est pas, je le confessse, parfaite - mais chez qui le serait-elle à mon âge avancé - mais suffisamment établie pour me donner l'espoir raisonnable d'une forme relativement constante de sérénité. Et puis le salut c'est la juste appréciation des choses qui implique le dépassement de certaines "opinions creuses", pour parler dans le langage du Maître, et que je pourrais retraduire ainsi : certaines illusions sont constitutives de notre nature, au point qu'il est à peu près impossible de s'en défaire, mais qui peuvent être intégrées, comme puissance essentielle et invincible, mais dangereuse, dans l'ensemble de la psyché. Les passions, les fantasmes, les anges et les monstres ne peuvent être éliminés ni domestiqués. Ils représentent notre énergie intime la plus originelle et la plus puissante, mais pour autant elles ne doivent pas emporter notre bon sens : la vie psychique se définit en somme comme une synthèse impossible, une lutte entre contraires qui menace constamment l'équilibre fragile du Moi, mais qui peuvent apprendre à cohabiter dans une certaine "paix armée", sous l'égide de ce que j'appelle fréquemment le "génie intérieur" ou, mieux encore, le "daïmon" au sens grec. Nous vivons tous dans l'orbe d'une dualité constitutive, celle du Moi et de son Double onirique et pulsionnel, de l'animus et de l'anima. Epicuriens certes, mais avec une dette bienheureuse à Héraclite!

EUDAIMONIA : en grec bonheur, ou plutôt félicité. Je ne sais si ma spéculation étymologique est valable, mais "eu" c'est "bon, "favorable" -( comme dans eu - thymie), et "daïmon " c'est le "démon", le génie inspirateur. Donc eudaimonia serait la bonne disposition du génie intérieur, seule définition possible du bonheur. Relisons Epicure sur la nature du plaisir constitutif, par opposition aux plaisirs fictifs.

JARDIN dans la mesure où il serait impensable de ne pas enraciner tout cela dans un lieu, fût-il symbolique. C'est pour moi une haute ambition éthique de donner quelque chance à ce projet :  aider par la pratique et l'enseignement de ces indépassables vérités ceux qui le désirent à marcher d'un autre pas. Pour cela il faut quelques moyens, un projet d'ensemble, une déontologie, une perspective étique et thérapeutique. J'y reviendrai.