La dépression est une panne du désir. Quand cette situation se prolonge à l'infini on parlera de mélancolie. Une vie sans désir, est-ce possible? Si le désir se dérobe il faut supposer aussitôt que le fantasme, support ordinaire du désir, fait défaut. La mélancolie réaliserait cet exploit de faire survivre un sujet sans fantasme? Mais cela n'est guère concevable, quand on voit le rôle que joue le fantasme dans la vie psychique, assurant une laison nécessaire entre le réel et le symbolique (Voir mes précédents articles sur le fantasme dans "Philothérapie"). On peut donc penser que plutôt qu'une absence de fantasme il s'agirait d'une sorte de dispersion, d'émiettement, d'éparpillement voir d'éclatement du noyau fantasmatique en une multitude de petites unités plus ou moins organisées, charriant une kyrielle de représentations et d'images mal liées, si ce n'est autour d'une sorte de fiction quasi délirante, de ruine, de culpabilité et de désagrégation subjective, ultime barrage contre l'appel de la mort. Que regarde donc le mélancolique dans l'obstination d'un regard sans expression, figé sur l'infini? Je serais tenté de parler ici de fantasme blanc, dans le sens exact où  André Green parle de psychose blanche : une fantasmatique sans consistance, flottante, quasi aérienne, comme ces chérubins qui traversent baroquement les tableaux de Botticcelli, entre deux nymphes également diaphanes, légères et comme flottant dans l'azur, irréelles comme des fleurs d'aurore, aériennes et séraphiques comme le paradis lui-même. Le fantasme du mélancolique a des allures d'aurore et de fin du monde: entre la naissance d'un désir impossible et l'apocalypse de toute vie, voici l' intervalle d'un quasi monde, fantomal et funèbre, traversé d'éclairs divins ou démoniaques : c'est le tableau réaliste d'une vie de mélancolique, jamais tout à fait réelle, jamais tout à fait délirante, flottant entre le désespoir absolu et l'extase d'une réalisation impossible.