28 avril 2008
DE la NUDITE
"Vous voulez savoir si Archicontas est un vrai sage? Demandez lui de vivre tout nu, à toute heure du jour et de la nuit!". Etrange critère de sélection, et pour nous inintelligible, mais assez évident pour un Grec de l'âge classique. Appliqué chez nous il réduirait considérablement le temps des examens universitaires!
Il faut d'abotd distinguer "le nu" de la nudité. Le nu est un exercice pictural classique, qu'on inflige je ne sais pourquoi à de malheureux candidats, tous assis en rond autiour d'une fille qui prête ses charmes pour qulques sous au regard public, sans autre obligation que de se taire et de rester immobile. Un beau jambon des Pyrénées ferait aussi l'affaire, ou une belle vache du Cantal, baillée et attachée pour la circonstance! Et pourquoi la fille doit elle être nue? En quoi cette "vêture" particulière inclinerait-elle au génie artistique? Je dis bien "vêture" car notre fille n'est pas forcémnt nue parce qu'elle est dénudée.
La pratique du nu est un jeu subtil avec la norme sociale de la pudeur et de l'exhibitionnisme. On cache d'un côté, on montre de l'autre. Dialectique incontournable. Vous êtes habillé à l'entrée du camp de "naturistes", sitôt que vous franchissez la limite il vous est impérativement signalé qu'on ne tolèrera aucune entorse à la règle universelle du "dénudement intégral". Pas moyen de garder un misérable petit string pour dissimuler ce qui vous appartient en plus propre et singulier! Habillage obligatoire d'un côté, sous peine de prison, denudement intégral de l'autre sous peine d'exclusion! Comme dit Pascal " Vérité en deça des Pyrennées, erreur au delà". Juste une petite ligne de démarcation, comme entre le criminel psychopathe et le noble défenseur de la patrie! On voit que le dénudement est social, codé, conventionnel, historique, culturel, changeant selon les lieux et les temps, mais qu'il semble partout faire l'objet d'une règlementation à laq=uelle il est quasi impossible d'échapper, car encore braverait-on les interdis sociaux qu'on n' est pas quiite avec les images et les affects véhiculés par le regard d'autrui, et le sien propre!
A cet égard le streap tease offre un bel exemple. Tout est convenu d'avance : danse érotique et provocante, feintes libidinales, déshablillages progressifs, calculés, méthodiques et artistiques à l'extrème; juqu'à cette acmé de l'attente voyeuriste où brusquement, après un dernier petit "enlèvement" la fille disparaît en vous laissant au comble d'une excitation à la fois sincère et conventionelle. Là encore : jeu avec la limite. Pas trop peu, pas trop non plus. Les gens distingués verront là un noble critère de différenciation entre l'érotisme et la pornographie.
La culture coupe le corps en morceaux symboliquement inégaux : une épaule d'homme, cela évoque la force du travail manuel, une épaule de femme dénudée, cela évoque la caresse, la robe fendue est déjà quasiment un appel aux attouchements. Tout est codé. Selon l'image, l'apparence, la distance physique (qui a fait l'objet de calculs savants chez les psychosociologues). Impossible d'échapper aux normes, surtout avec les femmes qui sont très tätillonnes sur ce point, en quoi elles ont raison. Mais alors où la nudité?
Est-elle dans le couple d'amoureux? Dans l'heureuse retrouvaille du corps dans son intégralité, et dans celle de l'autre? Mais que de précautions, de manoeuvres controuvées, de faux-semblants, d'hypocrisie dans l'approche amoureuse! Le moindre faux pas et c'est la déroute, ou la honte. Comment vaincre dix sept ou dix huit ans de pudibonderie forcée, de religion abstentionniste, d'interdits maternels ou paternels, d'abstinence, et de fantasmes à la fois complaisants et honteux? La relation entre l'homme et la femme, même intime, atteint rarement à cette simplicité où la sexualité est intégralemlent rattachée au corps. Je dis bien "rattachée" puisque la culture a creusé une immense béance entre la partie du corps présentable, et l'autre, celle des"parties honteuses" comme on disait autrefois. Quel homme peut se vanter d'avoir pleinement récupéré son pénis, symboliquement détaché, marqué de honte, de culpabilité, de ridicule, et à l'inverse de fierté un peu sotte? Quelle femme joue simplement, ingénuement avec les ouvertures et les clôtures de son anatomie sexuelle quant elle a été menacée de mille morts en cas de relation " précoce" -sans parler de la terreur archaïque et quasi invincible de la grossesse non désirée?
Mais alors, où trouver la vraie nudité? C'est absolument évident. C'est la nudité du petit enfant dont le corps n'est pas encore morcelé par la culture - essentiellemnrt le langage-, entre le propre et le sale (remarqouons en passant que le plus "propre" au sens de personnel, est qualifié précisément de "sale"; l'anus, les trous de nez, la fente, le pénis et globalement tous les orifices du corps!) Mon propre intime est le sale pour les autres, c'est fabuleux! Le problème c'est que ces divisions ne sauteront plus jamais, et même les réconciliations tardives de l'amour physique, ne peuvent, je le crains les supprimer. On pourra jouer avec les limites, exhiber par exemple, mais exhiber n'est pas une bonne solution. Cela n'abolit pas la division mais lui donne un autre caractère : celui du mystérieux, du sacré à profaner, de l'interdit à franchir, de la zone d'or (et de boue) à publir, de l'obscène, provoquant une sorte d'excitation fatasmatique et trouble, qui une fois sollicitée, n'a plus de limites. On a ouvert la boîte de Pandore. On fait espérer toujours plus, toujours autre chose, mais que faire, le corps est limité, ses capacités de jouissance aussi, ce qui fait que tout cet étalage, ce jeu-limite, cette alchimie du dépassement et du toujours plus (de jouir) finit par lasser ceux qui ont un peu d'esprit. Cela se voit tout particulièrement sur Internet où les bloggeurs rivalisent d'obscénité pour attirer et stimuler encore, et tout cela pour en arriver à la plus plate des concurrences ; stériles, répétitives, moins répugnantes que lassantes, plus lassantes finalement que les litanies religieuses de nos grqnds-mères - comme qui la pornographis est peut-être un sous produit obligé de la religion!
Un espoir? Oui, celui de revenir à la naturalité du plaisir et du désir. Mais je crains que pour nous, pollués comme nous le sommes, ce soir déjà un peu tard. Quant à nos enfants, qui donc peut se vanter aujourd'hui de les guider en quoi que ce soit? La bride est lâchée. "Soyons nus camarades!" Si la chose est manifestement impossible sur le plan physique, et grotesque par les temps qui courent, il ne nous reste plus qu'à inventer une sorte de mysticisme naturaliste, comme savaient le pratiquer les anciens.
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